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Analyse systémique de l’innovation par une préhistorienne (1/3)

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Marylène Patou-Mathis est une préhistorienne française, spécialiste de l’homme de Néandertal. Elle est responsable de l’unité d’archéozoologie du laboratoire de Préhistoire du Musée national d’histoire naturelle (MNHN) et responsable des collections ostéologiques (faune) de l’Institut de paléontologie humaine. On continue la semaine « intello » pour se poser les questions de connaitre de quoi sera fait notre demain.

 QUELLES SONT LES TROIS TENDANCES QUI ONT FAIT LE MONDE QUE NOUS CONNAISSONS AUJOURD’HUI – ET PEUT ÊTRE AUSSI CELUI QUE NOUS VERRONS DEMAIN ?

La première tendance, c’est que l’homme a toujours cherché à voir « de l’autre côté de la colline ». Les premières migrations géographiques des hominidés ne sont pas (uniquement) dues à des changements climatiques contrairement à ce que l’on pense : il n’y avait pas de contrainte obligeant à homo erectus à se déplacer. C’est la curiosité qui a guidé ces migrations. L’envie d’aller voir l’ailleurs, de découvrir une autre culture pour faire progresser la connaissance et ouvrir le champ des possibles.

La seconde tendance, c’est que les grandes innovations de l’histoire ne sont pas advenues par hasard.

On sait aujourd’hui qu’elles sont apparues à différents endroits du monde de façon quasi-simultanée, sans communication ou transfert de savoir entre différentes populations. Comment cela est possible? Tout simplement parce qu’à un moment donné, le matelas de connaissances humaines et le développement du cerveau ont permis aux individus d’imaginer, de comprendre, d’utiliser. C’est donc l’augmentation de la capacité mentale des individus qui leur a permis de saisir les innovations. Ces innovations étaient « dans l’air », il suffisait de les voir et de les capter…

Enfin, le changement le plus radical de l’histoire de l’humanité, c’est le passage du statut de prédateur à celui de producteur, qui a lieu à peu près vers -10.000 ans. Avec la domestication des animaux et la culture des plantes, tout va changer : c’est l’avènement de la hiérarchisation, de la propriété, des inégalités, de la notion de partage et de collaboration… Il faudra attendre la révolution industrielle du XIXème siècle pour retrouver un changement radical aussi important, celui qui verra la majorité des ruraux devenir citadins.

CETTE IDÉE QU’UNE INNOVATION « EST DANS L’AIR » S’APPLIQUE-T-ELLE PAR EXEMPLE À LA DÉCOUVERTE DU FEU ?

Contrairement à une idée reçue, la domestication du feu ne s’est pas faite de manière isolée, par un homme ou un groupe d’hommes qui auraient ensuite transmis leur découverte à d’autres. La maîtrise du feu a eu lieu à différents endroits de la planète, à peu près au même moment (vers -500.000). Les hommes connaissaient le feu, qu’ils avaient observé dans des volcans, des éclairs, des incendies. Et à un moment donné, l’accroissement de leur cerveau leur a permis de comprendre le concept, étape indispensable pour pouvoir le reproduire. L’accroissement du cerveau auquel je fais référence s’observe au niveau du cortex, la partie liée à l’imagination – tandis que le cerveau reptilien – qui contient les parties motrices – n’a pas beaucoup changé au fil de l’évolution.

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